Plan du Site

F.E.B.B.

accueil du site menu histoire   Contact  

 

Petite histoire d'un grand projet de Bull en Belgique : SWIFT
 

 

Ceci est une chronique construite à partir d'éléments fournis par des Anciens collaborateurs de Bull
L'intervention de chacun est identifiée.
Nous apprécierions beaucoup une contribution d'un ancien acteur côté SWIFT.

Page en cours de mise au point. Toute contribution est bienvenue : Contact

 

LE PROJET SWIFT dern maj : 25/02/2010

SWIFT Histoire du projet USE *

La Société S.W.I.F.T. (@) *

Quelles sont les activités de S.W.I.F.T. ? *

Origine du projet *

Genèse et évolution de la société S.W.I.F.T. *

Premiers contacts *

Etudes et solution *

CP8 Bull Ingénierie *

Offre technique *

Les Terminaux sécurisés. *

Etude et offre de maintenance *

Bull SA décline *

Offre par Bull Belgique – délai 3 semaines ( !) *

Suivi de projet *

Emmanuel Tron *

Signature contrat *

Lobbies anglo-saxons *

Partage des risques *

La signature *

Infrastructures – Chaussée de Mons *

Personnel *

Choix du transporteur *

Alimentations FRIWO *

Fabrication lecteurs *

BI - Angers *

Déploiement initial *

Dossiers exportation *

Fedex test à blanc *

Stocks locaux *

Le déploiement massif *

Maintenance worldwide *

Réparation = échange ( sécurité !) *

De 86 à 160 pays (dossiers exportation additionnels) *

Intervenants principaux *

Commercial : *

Suivi projet : *

Maintenance : *

Remerciements (pour qu’on oublie pas) *

 

 

SWIFT Histoire du projet USE

La Société S.W.I.F.T. (@) (Rédacteur : Gilbert Natan)

La bonne compréhension de la réalisation informatique dont fait l’objet l’article qui suit nécessite de bien cerner les activités très particulières de cette société.

Quelles sont les activités de S.W.I.F.T. ?

(Extrait et traduction des informations données sur le site www.swift.com, complétées d’informations d’une étude en référence)

S.W.I.F.T. est la Société de Télécommunications Interbancaires Internationales, une coopérative à travers laquelle le monde financier mène depuis plusieurs années ses opérations avec rapidité, fiabilité et sécurité.

Début 2009, plus de 8.300 organisations bancaires, institutions de sécurité et clients à structure internationale assurent, à travers 208 pays, l’échange de millions de messages financiers en format standardisé.

Deux axes principaux dans les activités de S.W.I.F.T. :

  1. Assurer une plateforme constituée de produits et services en communication qui permette à ses membres d’échanger des informations financières de manière sûre et fiable.
  2. Agir comme un acteur de rassemblement de la communauté financière afin qu’elle agisse ensemble pour se conformer à des pratiques du marché, définisse des standards et envisage des solutions résolvant des problèmes communs.

S.W.I.F.T. a son quartier général en Belgique (La Hulpe) et a des bureaux dans tous les principaux centres financiers ou marchés en développement.

Siège de La Hulpe : vue extérieure et hall d'accueil
photos Christian Weidemann

Architecture : Ricardo Bofill - Taller de Architectura- et Constantin Brodzki associés.
Elle allie le style classique avec l'usage des technologies modernes.
Le bâtiment comporte deux étages en sous-sol et seulement trois au dessus, afin de respecter l'environnement boisé.

Cette société est uniquement définie par son service de distribution de messages. Elle ne gère pas de fonds, ni de comptes clients. Elle ne gère ni ne mémorise d’informations sur la situation financière.

Comme gestionnaire de messages, son activité se borne donc à assurer l’échange de transactions entre deux institutions financières.

Cela se fait de manière à assurer la protection de la confidentialité et de l’intégrité des données des utilisateurs.

 

(@) S.W.I.F.T. « The global provider of secure financial messenging services » est une marque déposée, son logo aussi.
Cette note est d’application tout au long de l’article.

 

Origine du projet (Rédacteur : Gilbert Natan)

Genèse et évolution de la société S.W.I.F.T.

 

(Extrait et traduction des informations données sur le site www.swift.com, complétées d’informations d’une étude en référence et d’informations d’origine Bull)

 

1973 : Un groupement de 239 banques d’une quinzaine de pays créent un ensemble qui sera chargé de gérer un réseau informatique international fonctionnant de manière commune pour tous les partenaires. Des procédures et un langage financier commun seront adoptés.
Cet ensemble sera dénommé « Society for Worlwide Interbank Financial Telecommunication ».

Le lieu où sera implanté le siège de cette société est choisi : Bruxelles, capitale de l’Europe. Une équipe de base est mise sur le projet.

1975 Les règles de base définissant les fonctionnements et les responsabilités sont rédigées.
Les principes fondamentaux de S.W.I.F.T. sont ainsi clairement exprimés et emportent l’adhésion des clients potentiels, qui sont déjà au nombre de 515 !

1977 Le service interbancaire démarre, solennellement inauguré par le prince Albert de Belgique, futur roi des Belges. Cela a lieu dans les locaux de la banque de la Société Générale de Belgique.
Cet événement marque un premier pas dans l’abandon du télex !
Fin d’année, 518 banques de 22 pays sont déjà interconnectées.
Le trafic atteint déjà les 10 millions de messages annuels !

1980 : Marque l’entrée dans le groupe des clients de 2 banques asiatiques : à Hong-Kong et à Singapour.
Le trafic annuel monte à 157 millions de messages.

Une filiale « S.W.I.F.T. Terminal Services est créée pour assurer la fourniture du matériel et du logiciel nécessaire à la connexion : terminal, écran, imprimante.

1983 : C’est la Banque Nationale de Belgique qui a l’honneur d’être la millième banque cliente !

1985 : Utilisation de liaisons à haut débit via satellite

1987 : La décision est prise d’étendre le service d’échanges financiers aux brokers et distributeurs, aux agents de change, aux institutions centrales de dépôt et de « clearing ».
Le trafic annuel dépasse ainsi les 222 millions de messages.

Cette année là voit aussi l’aboutissement d’une étude interne visant à simplifier les procédures de sécurité en cours : login et échanges de codes. (voir note encadrée).

1999 : Le trafic géré au niveau mondial atteint 15 millions de messages par jour, soit environ 5.500 millions de messages par an ! (réf Véronique Leblanc)

 

La procédure de sécurité

De façon à permettre la reconnaissance réciproque de l’utilisateur et du système, l’institution qui envoie le message dispose d’un numéro d’identification et d’un mot de passe. Ce mot de passe est changé à chaque connexion et pris dans une liste distribuée par S.W.I.F.T. sous forme d’une « table de codes ». C’est un listing de signes numériques, livré en deux moitiés.

A cette procédure de sécurisation de la phase de « login », et toujours grâce à l’utilisation de tables de codes générées cette fois par l’institution financière, s’ajoute la possibilité de vérifier l’origine et l’intégrité des messages échangés entre les institutions financière elles-mêmes.

Ce système, complété encore de quelques mesures de sécurité complémentaires, fut appliqué dès le début mais nécessitait une administration pesante.

L’usage d’une carte à puce « intelligente » devait résoudre ce problème.

 

 

Premiers contacts (Rédacteur : Gilbert Natan)

En 1987, S.W.I.F.T. présente un cahier des charges où ces procédures seraient prises en charge automatiquement par des cartes à puce.

Dans la dénomination du prospect, c’est le projet « USE » pour User Security Enhencement.

Une étude de faisabilité est confiée à Bull Belgique, après mise en concurrence de quelques constructeurs.

Bull était représentée par Francis Gomez, délégué commercial chez Bull Belgique. Il suivait ce prospect depuis quelques années, pressentant le potentiel qu’y révélerait la carte « CP8 ».

C’est ici que démarre le récit de notre intervention : comment le contrat fut signé en 1990 et ce qui s’en suivit.

 

Etudes et solution

CP8 Bull Ingénierie

   Carte à puce "CP8"

Offre technique (Rédacteur : Michel Roevros)

Les Terminaux sécurisés.

Le projet était basé sur le haut niveau de sécurité apporté par la carte CP8 et comportait par banque deux lecteurs.

Le premier appelé BCR (Basic Card Reader ) avait pour fonction d’identifier la banque et de valider les transferts de données : c’était un lecteur standard de Bull Ingénierie dont le firmware avait été adapté au projet.

Le deuxième appelé SCR (Secure Card Reader ) a été développé spécialement pour le projet.

Il s’agit non seulement d’un lecteur de carte CP8 mais aussi d’un module de cryptage utilisant un algorithme RSA de 512 bits, destiné à crypter les données transmises.

Cet algorithme était tellement performant qu’il était considéré comme relevant du seul domaine de la Sécurité Nationale Française , ce qui a posé problème lors des demandes d’autorisation d’exportation car la limite autorisée était fixée à 256 bits.

 

 

SCR et BCR


BCR SCR

Etude et offre de maintenance ( Rédacteur : Michel Roevros )

Bull SA décline

En 1989, j’étais responsable à la Direction Service Client du Département dit de « grande diffusion » à Bull Belgique, lequel comprenait PC, Minis, CP8 et ATM (Automates Bancaires)

Un mercredi de septembre, j’ai été averti par M. Moureau (chef de groupe ATM, CP8), qu’une importante réunion concernant un gros projet basé sur du CP8 avait lieu le lendemain à Val de Fontenay (Paris).

Nous nous y sommes rendus en compagnie de F. Gomez qui nous mis au courant du projet USE de SWIFT.

A cette réunion assistaient des représentants de SWIFT, de « Maintenance Group » de Bull, de la Logistique de Paris Nord II, de Bull Ingénierie, du chef de projet vente de Bull Belgique et nous deux représentants de la maintenance de Bull Belgique.

Nous y avons appris que Bull S.A. et Bull Ingénierie avaient développé la solution technique qui semblait convenir à SWIFT mais que la maintenance posait problème tant au niveau du prix remis à SWIFT qu’au niveau de la faisabilité.

Lors de cette réunion, la logistique de Bull Paris Nord II a tout simplement déclaré que Bull ne savait gérer la logistique que dans les pays où la Compagnie était présente.

En clair : Le groupe Bull « ne sait pas faire !! ».

Catastrophe pour SWIFT qui pensait naïvement que le caractère international de Bull permettait ce type de service !

Le représentant de Paris Nord II, s’est alors tourné vers nous en disant « Mais la Belgique est une plaque tournante au cœur de l’Europe, idéalement placée et expérimentée pour gérer des exportations « World Wide » : de plus la présence du siège de SWIFT à la Hulpe peut vous aider ?! »

SWIFT pris la balle au bond et nous demanda alors si Bull Belgique :

1-Pourrait assurer ce service

2-Si oui, remettre une offre chiffrée dans les 3 semaines !

J’ai vécu là les 35 secondes les plus longues de ma carrière, à l’issue desquelles, après un bref conciliabule avec M.Moureau et F.Gomez, j’ai pris l’engagement d’étudier une offre de service et de la remettre dans les délais demandés.

Qui ne risque rien n’a rien, mais il me fallait au retour à Bruxelles convaincre mon Directeur, René Mathieu, que c’était jouable et que j’avais pris une bonne décision.

 

 

Offre par Bull Belgique – délai 3 semaines ( !)

Aussi incroyable que cela paraisse aujourd’hui, en 1989, les managers de la Direction Service Client (DSC) à Bruxelles ne possédaient, ni ne maîtrisaient un PC.

La première chose que j’ai donc fait a été de me faire mettre à disposition un PC portable afin que je puisse travailler chez Bull et à domicile vu le peu de temps imparti.

J’ai reçu un de ces premiers portable Bull, le Micral 15, et j’ai passé le week-end à me familiariser avec lui et à apprendre le minimum nécessaire sur le tableur de Microsoft Multiplan.

Dès le lundi matin, F.Gomez et moi nous nous sommes isolés dans une petite salle au 4ème de Cours Saint-Michel  et avons commencé par relever tous les paramètres et problèmes identifiés :

-MTBF des BCR et SCR (Mean time between failure = temps moyen entre 2 pannes)

-Durée de vie des batteries

-Délais de réparation

-Liste des pays où des terminaux seront à installer (86 au total)

-Nombre de banques par pays à servir

-Délais de transport vers et venant de chaque pays

-Identifier les pays à problème (restrictions d’importation- délais- coûts cachés !!)

-Déterminer les stocks locaux nécessaires pour couvrir les délais ci-dessus.

-Intégrer les prix de réparation de Bull Ingénierie.

-Identifier les prix de transport pays par pays.

Nous devions garantir une disponibilité du service de 99,9 % (à vérifier) à toutes les banque du réseau.

Le responsable logistique, Jean Krol, très enthousiaste pour le projet m’a fourni au fur et à mesure les chiffres concernant les aspects logistique et transport.

F.Gomez, avec son expérience et sa parfaite connaissance du contexte et des attentes de SWIFT, a fortement contribué à élaborer les solutions retenues : du fait que les réparations ne pouvaient avoir lieu qu’en milieu sécurisé chez BI, la maintenance consistait à fournir un appareil de rechange à la banque où se trouvait un terminal en panne et à rapatrier le défectueux. Dès que les paramètres et le scénario ont été connus et élaborés, il a fallu transposer cela pays par pays dans un tableau Multiplan :

-Le parc installé

-Les délais import / export et frais annexes éventuels .

-Les stocks locaux nécessaires

A cela il a fallu ajouter les frais globaux :

-Les coûts de transport de et vers Bruxelles.

-Les coûts de transports de et vers Bull Ingénierie

-Les coûts de surfaces de stockage et bureau à Bruxelles

-Les coûts de personnel

SWIFT nous avait demandé de faire deux propositions de durée du contrat : 3 ans et 5 ans.

Une durée supérieure à 5 ans posait le problème de la durée de vie des batteries du terminal bancaire, car, afin d’éviter la divulgation des algorithmes de codage, toute intervention sur le lecteur effaçait ceux-ci et seule une opération dans l’environnement sécurisé de Bull Ingénierie pouvait les rétablir :

Les batteries ne pouvaient donc pas être changées sur place mais uniquement chez Bull Ingénierie à Paris

Il n’était pas possible d’inclure le coût du retour des 9000 lecteurs dans la maintenance de base :

Nous avons donc dissocié l’aspect durée de vie des batteries de l’offre de maintenance.

Une fois les calculs faits, nous avons déterminé un prix de maintenance par appareil par mois.

Ce fut un vrai travail d’équipe, dur (10 à 12 Heures par jour !), passionnant et tous les intervenants s’y sont investis à fond, car tous voulaient croire à la réussite de notre projet.

Le service proposé

Notre offre de service comportait 4 niveaux afin que Swift puisse faire son choix en tenant compte des aspects financiers, géographiques et taux de service garantis.

1- Service de base appelé S1 : réparation à partir de Bruxelles

2- Service étendu appelé SA : Service S1 + transport de et vers banque

3- Service étendu appelé SB : Service SA + stock local pour réduire délais

4- Service étendu appelé SC : Service SB + service par Bull Local ou RAD

(RAD = Banque acceptant de fournir le service)

Nous avons pu remettre nos offres à heure et à temps, et moyennant quelques précisions et adaptations mineures, elles ont été acceptées par SWIFT.

Curieusement, notre prix était très proche de celui calculé par Bull SA, mais notre offre était très documentée et n’occultait pas les problèmes qui pouvaient se présenter, ce qui a donné confiance à SWIFT .

Il a fallu alors rédiger toutes les procédures à l’attention de SWIFT, des banques, des transporteurs, de la logistique Belgique et de Bull Ingéniérie .

Nous avons ensuite continué à affiner nos chiffres et procédures afin de les fixer dans le contrat qui allait être signé le 20 Janvier 1991.

Durant cette phase du projet, F.Gomez a joué un rôle essentiel.

Je remercie aussi René Mathieu, qui mesurait l’enjeu de ce projet sur le budget de la Direction Service Client, et m’a fait confiance sur base des rapports réguliers que je lui fournissait à sa demande.

 

Suivi de projet

Emmanuel Tron

Signature contrat

Lobbies anglo-saxons

Partage des risques

La signature

 

Infrastructures – Chaussée de Mons (Rédacteur : Michel Roevros)

Pour gérer la distribution et la maintenance du projet il fallait +- 250 m².

Le bâtiment D1 de la Chaussée de Mons s’est vite imposé comme idéal car il était situé juste au dessus d’un quai de chargement qui répondait aux normes EUR et était desservi par un monte-charge 500 KG.

A côté du quai, nous avons construit un petit bureau pour 2 personnes qui sera ultérieurement équipé de 2 PC connectés au réseau BULL et de FEDEX destinés à suivre en temps réel les mouvements de livraison et de maintenance.

 

Personnel (Rédacteur : Michel Roevros)

Il ne restait plus qu’à trouver une personne capable de gérer de l’import/export, ce qui n’était pas vraiment notre spécialité.

Jean Krol s’est mis à la recherche d’une personne de ce profil et nous a proposé Vincianne Dewaelhyns qui travaillait alors dans une autre société.

Problème !! , elle était enceinte de 8 mois et il a fallut convaincre la DRH que c’était la bonne personne : nous avons alors réalisé ce qui n’avait (et ne sera sans doute plus ) jamais été réalisé chez Bull : embaucher une femme enceinte.

Et nous n’avons pas eu à le regretter car elle a ensuite abattu un boulot énorme de préparation des dossiers d’exportation, et a supervisé avec rigueur le déploiement.

Par la suite elle a été assistée de Monica Petit dans la phase de déploiement et de maintenance.

 

Choix du transporteur (Rédactrice : Vincianne Dewaelhyns)

Pour réaliser le déploiement et la maintenance il nous fallait un partenaire présent dans les 86 pays et capable de prendre toutes les initiatives nécessaires pour atteindre les objectifs de délai (paiement de bakchichs, déroutage éventuel, connaissance des langues, us et coutumes locales etç.).

Après consultations de 3 sociétés de transport, nous avons pris la décision de travailler avec FEDEX (Federal Express) car ils nous garantissaient les délais et les coûts quelles que soient les circonstances locales.

Ce choix n’était pas innocent. En plus de sa présence mondiale, de son efficacité, de ses prix concurrentiels, Fedex nous offrait surtout un système de suivi révolutionnaire pour son époque.

En effet, chaque colis était accompagné d’une feuille de route qui était scannée au moment où le colis quittait nos bâtiments. Nous avons installé un PC et un modem dans notre bureau, nous avions dès lors une vision en temps réel de l’endroit où se trouvaient tous nos colis : dans la camionnette, en douane, dans l’avion, en douane au pays de destination, dans la camionnette de livraison, à destinations avec date et heure de livraison ainsi que le nom de la personne ayant réceptionné le colis.


Alimentations FRIWO
(Rédacteur : Michel Roevros)

Dès la prise de connaissance des solutions de Bull Ingénierie ( BI ) pour alimenter les lecteurs il est apparu deux problèmes majeurs au niveau de la logistique :

  1. Le lecteur de base (BCR) possédait une alimentation classique, tandis que le lecteur sécurisé (SCR) possédait un chargeur de batterie.
  2. Ces alimentations (de marque ARLEC France) n’étaient homologués que pour l’Europe de l’ouest (et encore !!!) alors que nous devions déployer sur 86 pays à travers le monde.

Il nous fallait donc trouver un constructeur capable de développer un produit unique et possédant des certifications exigées dans chacun des pays intéressés (TÜV, GS, NF, CEBEC etc.….).

Puisque Bull Belgique avait accepté d’assurer la maintenance logistique, il lui incombait de trouver la solution technique qui devait ensuite être validée par Bull Ingénierie

Les recherches menées par notre Support Technique (A. Aernoudt) nous ont conduit vers la firme FRIWO (firme allemande qui fabrique les petits blocs d’alimentation pour Black & Decker, Bosch, Philips etç…).

Le représentant de FRIWO en Belgique nous a alors organisé une visite et une réunion de chantier à l’usine à Ostbevern en Westphalie.

Avec l’accord de Bull Ingénierie, Daniel Thomas et moi nous nous y sommes rendus avec sous le bras un exemplaire de chaque lecteur (non opérationnels pour des raisons de sécurité) ainsi que leurs dossiers techniques.

A l’issue de cette réunion il est apparu que FRIWO était capable de concevoir et fabriquer une alimentation unique pour les deux appareils (magnifique!).

Ils nous ont ensuite fait visiter l’usine et les machines à bobiner les transformateurs, puis nous ont déclaré être intéressés, mais, comme leur spécialité était la production grand public (production de masse), il fallait une production de minimum 10.000 pièces.

Le déploiement initial prévoyant +-9.000 appareils avec des extensions possibles, c’était jouable.

Ils nous ont donc fabriqué quelques prototypes que nous avons confiés à Bull Ingénierie, lequel les a testés et acceptés (ouf !!).

Par contre, le prix unitaire était de 30 % plus élevé que les alimentations ARLEC et il a fallu intégrer cela dans le P&L. (Profit and Lost : ratio entre les revenus et les coûts)

Il ne restait plus qu’à cadrer la commande avec le début des envois vers les banques, ce qui fut fait par le chef de projet, et prévoir la surface de stockage dans l’espace dédié à la Chaussée de Mons. (Heureusement l’espace n’y manquait pas !)

Au cours de la vie du projet, on s’est aperçu que la fiabilité des alimentations FRIWO était telle que nous n’avons eu que quelques pannes, alors que le P&L en prévoyait plus, ce qui a rééquilibré le budget.

 

Fabrication lecteurs

BI - Angers

 

Déploiement initial (Rédactrice : Vincianne Dewaelhyns)

Dossiers exportation

Reportons-nous au début des années 90. A cette époque l’Europe n’avait pas encore fait les progrès que l’on connaît aujourd’hui, particulièrement en matière de douane !! A l’époque, chaque franchissement de frontière de toute marchandise supposait une série importante de documents de douane particulièrement lourds à gérer !

De plus, dans notre cas, le SCR contenait un module crypté sur 512 bits et était dès lors considéré comme stratégique et donc soumis à Licence d’exportation. S’il était soumis à Licence au départ de la Belgique, il paraissait évident qu’il le serait également au départ de la France or il nous faudrait tout d’abord faire venir tous les lecteurs en Belgique avant de les déployer. Bull Ingénierie nous a donc également délégué la demande de Licence d’Exportation de France vers la Belgique.

Accompagné d’Adel El Gammal, je me suis donc rendu au Ministère du Budget, des comptes publics et de la fonction publique pour expliquer le projet dans son entièreté.

En effet, quand un produit est soumis à licence d’Exportation, son pays de départ doit être mis au courant non seulement du pays par lequel il va transiter mais également du pays final de destination … or dans notre cas, il y en avait près d’une centaine !!

Après de longues discussions et argumentaires, le Ministère a finalement accepté de délivrer les licences d’exportation à la condition que les codes du module crypté lui soient remis.

Ce n’était pas un détail car SWIFT refusait de donner ce module, celui-ci étant la garantie de sécurité du projet.

Nous avons finalement obtenu que le document en question soit remis au Ministère, lequel s’engageait à ne pas l’ouvrir et à le conserver dans un coffre … peut-être y est-il encore ??

La première étape était franchie, il ne nous « restait » plus qu’à obtenir toutes les licences d’exportations nécessaires pour expédier les lecteurs de Belgique vers chaque pays. Inutile de vous dire que je connaissais le document par cœur et que la dame en charge de nos dossiers à l’Office Central des Contingents et Licences a fini par me tutoyer !!!

Fedex test à blanc

Au vu de la complexité du projet et de certaines contraintes technologiques, nous avons décidé de procéder à des tests à blanc d’envoi / retour de SCR dans le but de :

1-vérifier l’adéquation des documents et des procédures, tant d’import / export que de suivi des lecteurs.

2-La deuxième raison est plus étrange et peu connue :

Les constructeurs de chips savent qu’à partir d’une certaine température négative, les électrons se figent dans les mémoires et il est possible de lire les codes au microscope électronique !. (c’est rigoureusement vrai)

Pour éviter ce risque dans un projet à haute sécurité, Bull Ingénierie avait installé un dispositif interne au SCR qui effaçait totalement la mémoire en cas de température inférieure à -16°C ainsi qu’en cas d’intrusion dans le boîtier.

Nous devions donc vérifier qu’en aucun cas nous n’avions ces conditions, ce qui n’était pas prouvé au départ vu que les colis voyageaient en avion et se trouvaient donc à un moment sur des tarmacs d’aéroports sans aucune climatisation.

Nous avons donc envoyé et fait revenir 4 colis dans des destinations à risque telles que la Sibérie p.ex.

Dans ces colis nous avons placé un enregistreur de température qui était capable de mémoriser heure par heure tout au long des multiples manipulations entre camionnette / avion / taxi jusqu’à un utilisateur final et retour.

Au retour des colis nous avons analysé les mesures et comparé celles-ci aux données de suivi (tracking) de Fedex : l’adéquation était parfaite et en particulier on voyait nettement la baisse de température quand le colis était sur le tarmac, mais jamais celle-ci n’a approché le seuil critique. (ouf !)

Les procédures ont donc été validées et fixées dans les instructions des intervenants.

Stocks locaux

Afin de respecter le contrat et de garantir un délai minimum de remplacement de lecteurs en panne chez un utilisateur final, et compte tenue des délais parfois importants de livraison liés aux procédure d’import / export de certains pays tels que l’Algérie ou le Brésil où ce délais peut atteindre 6 mois , nous avons prévu de livrer des stocks locaux dans une banque principale par pays.

Ce stock a bien entendu été calculé pour couvrir la consommation théorique durant cette période, et constituait un volant réapprovisionné au rythme des demandes globalisées par pays.

Le déploiement massif

Le déploiement consistait à distribuer au moins 1 BCR, 1 SCR et 2 alimentations vers 9.000 (neuf mille) banques réparties dans 86 pays.

Ce déploiement s’est déroulé au rythme de 150 (chiffre à vérifier) envois par jour.

La Chaussée de Mons a donc pendant plusieurs mois vécu une noria de camionnettes de Fedex ainsi que des camions en provenance de Bull Ingénierie (Paris).

Durant cette période les équipe de Bull ( 4 personnes + le responsable logistique) et de Fedex (4 personnes) ont travaillé sans relâche pour assurer nos engagements et résoudre sur le champs les inévitables problèmes qui se sont posés, et il y en a eu !!!

 

 

Une petite anecdote :

Une des banques nous signale ne pas avoir reçu son colis et nous nous mettons donc à chercher ce qui a bien pu se passer. Nous demandons donc à Fedex de nous procurer la preuve de livraison signée ainsi que la personne à qui le colis a été remis. Lorsque nous recevons le document en question, il apparaît que la personne qui avait signé le document pour réception était un certain monsieur Doorman. Nous avons donc appelé la banque et lui avons signalé que le colis avait bien été remis à Monsieur Doorman. La banque nous répond qu’ils n’ont aucun employé de ce nom…. Que s’est-il donc passé ? Après moult coups de fils, nous avons enfin découvert que « Doorman » signifie en fait « Portier » en anglais et que la personne ayant signé n’avait pas mis son nom mais juste sa fonction …. En retrouvant le portier travaillant à la banque ce jour là, nous avons également retrouvé le colis !! et nous en avons profité pour signaler à Fedex de veiller à ce que les personnes indiquent leur véritable identité sur les reçus !!

 

Le stock à déployer

Le charroi Fedex

L’équipe Fedex

L’équipe BULL

Maintenance "worldwide (rédacteur Michel Roevros)

La maintenance

Il a déjà été expliqué plus haut, que pour des raisons de sécurité , la réparation des lecteurs devait se faire dans un environnement hautement sécurisé, dont le cahier de charge avait été élaboré entre SWIFT et Bull Ingénierie.

Ce laboratoire se situait dans les locaux de Bull à Angers.

La maintenance d’un lecteur en panne ou dont la batterie était épuisée, consistait donc à échanger sur place le lecteur avec un lecteur provenant du stock local du pays et ensuite rapatrier le lecteur en panne depuis la banque vers Bruxelles d’où la navette logistique régulière de Bull assurait son transport vers Angers et réapprovisionnait au retour le stock central à Bruxelles.

Chaque opération de réparation était facturée à Bull Belgique : il était donc évident que si la fiabilité des lecteurs était mauvaise et que SWIFT payait une redevance fixe, cela aurait induit des surcoût énorme à Bull Belgique.

Afin de gérer cela, un contrat, appelé « back to back » avait donc été négocié entre Bull Belgique et Bull Ingénierie : ce contrat répartissait les risques entre les deux parties et responsabilisait donc le producteur.

Au long de la vie du projet, la fiabilité s’est révélée meilleure que les MTBF théoriques et ces clauses n’ont pas dû être appliquées.

De 86 à 160 pays

Il ne faut pas oublier que tout mouvement entre une banque et Bruxelles devait suivre les règles d’import / export liées aux licences qui ont dû être obtenue pays par pays.

Or, si au départ, le projet concernait 86 pays, il s’est étendu au fil du temps pour finalement en concerner plus de 160 !!!

Il a donc fallu constituer 80 dossier d’exportation supplémentaires, ce qui n’était pas rien !

C’est Vincianne Dewaelhyns et Monica Petit qui s’en sont chargées.

Le service est resté opérationnel jusqu'au début 2009 et a eu donc une durée de vie de 15 ans à la satisfaction de notre client.

 

Intervenants principaux de Bull Belgique

Commercial :

Francis Gomez

Suivi projet :

Emmanuel Tron 

Maintenance :

René Mathieu : Directeur service client

Michel Roevros : Responsable logistique et pricing

Jean Krol : Logistic manager

Vincianne Dewaelhyns : Spécialiste import/export
Adel El Gammal Suivi projet maintenance

Remerciements (pour qu’on oublie pas)

Nous avons pu reconstituer cette histoire grâce au concours de divers intervenants et de quelques documents disponibles.

Merci à tous

Michel Roevros  et  Gilbert Natan

 

 


 

     retour au menu histoire